Extraits du livre "SEGREGATION"

Un ouvrage vient de paraître au Maroc (avril 2008) concernant l'enseignement français au Maroc.
Ce livre est intitulé:

"La mission française au Maroc

versus

la mission de l'école marocaine:
 
Ségrégation".





L'auteur Moha HAJAR qui est professeur de mathématiques à la faculté de sciences et techniques d'Errachidia au Maroc, y révèle des résultats inédits, étonnants sur la population qui fréquente ces établissements d'enseignement français installés au Maroc.
Une étude statistique sur les candidats au bacalauréat français de 1968 à 2005 y est détaillée, révélant le véritable apartheid scolaire et social qu'engendre ce réseau enseignement.
Le parallèle y est effectué avec l'enseignement national marocain, public et privé. Les réformes qu'a connu l'enseignement marocain y sont repassées en revue, dévoilant le caractère hypocrite des responsables et décideurs de ce pays concernant ce secteur vital de l'enseignement et de la formation.

Table des matières du livre 

 
page

Avant propos
3
I : Introduction 6
II :
Comment contribuer ?
21
 
     L’université
25
III : La charte de l’éducation et de la formation 55
 
     La question à poser
60
       De la nécessité de chercher à comprendre 68
       De la nécessité absolue d’agir 73
IV :
Des observateurs étrangers évoquent le secteur de l’éducation au Maroc
75
       Prospections tous azimuts 80
V : L’AEFE, la MLF et l’OSUI 84
       Les établissements français d’enseignement au Maroc 99
VI : Qui fréquente la «mission» française au Maroc? 111
VII : Analyse des données sur les candidats au baccalauréat français au Maroc 114
VIII : Analyse croisée : Le poids des familles au cours des ans 124
 
     Répartition tenant compte des catégories filles et garçons
102
       Quelles conclusions tirer de ces statistiques? 152
       Qui sont donc ces « 200 familles » marocaines? 155
IX : Les israélites du Maroc et la «mission» française 159
X :
Les étrangers dans la «mission» au Maroc
172
XI : Caractéristiques du système de la « mission » française au Maroc 177
XII : Conclusion (Ce qui doit être fait) 182
  Annexe I : Extraits d’articles de presse 201
 
Annexe II : Les reconnaissez-vous ?
205
  Annexe III : Des prénoms marocains pas comme les autres 209
  Annexe IV : Extrapolation 220
  Références bibliographiques 227






Note sur l’auteur
 

Moha U’Hrou Hajar (ou Hajjar), le nom de famille véritable transcrit de l’amazigh, est H’djar. Les aléas de l’état-civil et l’arbitraire relatif de ses fonctionnaires ont successivement transformé ce nom en Hadjar, puis Hajjar et finalement Hajar.

Né en 1962 (le 09 février) dans la localité de Tadighoust, dépendant du cercle de Goulmima (Tizi N’imnayne) dans la province d’Errachidia (ex Ksar Es-Souk initialement Imtghern).

Inscrit en 1967 à l’école Jean-Jacques Rousseau à Meknès, en juin 1980 Moha HAJAR obtint le Baccalauréat option C (‘Sciences Mathématiques’), au lycée Lyautey I de Casablanca.

L’auteur débute en septembre 1980 ses études supérieures à Marseille, à l’université de Provence, où il obtiendra successivement un DEUG, option mathématiques-physique en 1982, puis une licence en Mathématiques, suivie d’une maîtrise en mathématiques appliquées en 1984.

1988 sera l’année de la soutenance d’un Doctorat d’Université, faisant suite à des travaux de recherche dans un laboratoire du CNRS (le LMA). C’est en novembre de cette même année 1988, que commence la carrière professionnelle au sein de l’université marocaine.

En septembre 1994, Moha HAJAR demandera sa mutation à Errachidia où vient d’ouvrir une faculté des sciences et techniques (la FSTE).

En 1998, Moha HAJAR soutient une thèse de Doctorat d’Etat Il est alors maître-de-conférences puis professeur de l’enseignement supérieur.

C’est en 1999 que l’auteur a débuté ses investigations sur les questions de l’enseignement et de la formation au Maroc.





Extraits du livre:

L’expérience de près d’une vingtaine d’années au sein de l’université de mon pays, m’a amené à un constat auquel il m’est difficile et même moralement interdit, en tant que patriotes de me résigner : Vue sous l’angle de l’éducation et de la formation, la voie sur laquelle est engagée notre société est celle d’une dangereuse décadence, dans toutes ses dimensions: sociale, économique et culturelle.

C’est ainsi j'ai décidé, après mure réflexion, et de longues recherches, de tenter de montrer à travers un exemple concret, portant sur un domaine crucial, un secteur clé pour l’avenir du pays, l’école, qu’il n’est pas difficile d’identifier le mal qui ronge l’édifice, de caractériser les agents porteurs de ce mal et enfin, de proposer des moyens pour tenter de freiner d’abord cette course folle, puis de mettre fin à une dérive dangereuse pour l'avenir du peuple de ce pays.

Il est question ici d'essayer de découvrir et d’expliquer comment et pourquoi le système d’éducation et de formation du pays est plongé depuis des années et cela arbitrairement et de façon minutieusement programmée comme nous le verrons, dans une médiocrité qui se manifeste dans toutes ses branches et à tous les niveaux.

Nous avons tenté de mettre en évidence les contradictions qui peuvent être considérées au premier abord par beaucoup d'observateurs, comme résultant des erreurs de parcours commises par des décideurs, peu attentifs ou débordés par la taille du problème ou encore par une supposée incompétence de ces derniers. Mais nous le verrons clairement ici, il s’agit en réalité des résultats attendus des stratégies élaborées par d’obscures forces réactionnaires, opposées à l’intérêt national et inféodées, nous le prouverons encore, à des puissances étrangères qui ne cherchent pas que l'intérêt du peuple de ce pays, loin s’en faut. L’histoire récente du pays est là, au besoin, pour le rappeler à qui en douterait encore.

Notre unique souhait est que ce travail contribue à une prise de conscience en premier lieu du corps des enseignants de ce pays: les instituteurs, les professeurs des collèges et des lycées et enfin les enseignants de l’université. Nous visons aussi les étudiants des établissements universitaires, adultes mais toujours en formation au sein des établissements de l’enseignement supérieur, concernant cette question fondamentale pour notre avenir à tous, qu'est l’école.

Nous espérons que d’autres contributeurs, spécialistes dans tel ou tel domaine des sciences sociales et politiques, viendront analyser, compléter et préciser (ou corriger au besoin) nombre de points dont nous n’avons fait ici que soulever une part du voile.

Les recherches bibliographiques sur le sujet traité dans cet ouvrage, nous ont menés vers une multitude de livres, de journaux et de documents électroniques. Nous avons tenu à intégrer de nombreux extraits qui nous ont paru les plus significatifs pour les objectifs de l’étude. Ces extraits référencés sont intégrés au texte pour en faire profiter directement le lecteur.


.......Une question adressée au ministre des affaires étrangères de la France sur le sujet du réseau d’établissements français au Maroc, est reportée dans ce rapport. Elle dit ce qui suit:

« Le poids d’une tradition qui amène les élites marocaines à préférer scolariser leurs enfants dans le réseau français au prix de pressions souvent fortes sur le poste, lesquelles ont parfois été jusqu’à des méthodes proches de la corruption - peut constituer un obstacle important à la mise en chantier d’un réseau national de qualité. »

La réponse du ministre français fut la suivante:

« L’ensemble des enfants marocains scolarisés dans nos établissements, représentent 0.5% de la population concernée. On ne peut donc affirmer que ce très faible quota ouvert « hors système marocain » (qui ne concerne qu’une fraction minoritaire des couches sociales aisées ou des intellectuels marocains), constitue un obstacle à la mise en chantier d’un réseau national de qualité. Le réseau scolaire français au Maroc, fonctionne davantage comme un système de référence. »

Plusieurs points de cette réponse du ministre français des affaires étrangères appellent des corrections ou du moins quelques éclaircissements:

-Quelle frange de la population marocaine, est désignée dans ce discours, par le vocable « élite »?

-Pourquoi cette discrimination, mise en œuvre au Maroc, par la France vis à vis de la couche constituée des classes sociales aisées et les intellectuels marocains?

-Pourquoi l’aide publique accordée au Maroc, serait ainsi orientée vers la frange la plus aisée de la population marocaine? N’y aurait-il pas là une lourde contradiction entre la définition même de cette aide et la destination qui lui est assignée?

-Peut-on parler, et si oui dans quel sens, de système de référence?

Nous pensons que l’expression « élite marocaine » utilisée ici, devrait tout simplement être franchement remplacée dans la réponse du responsable français, par « classes aisées ». Le ministre a d’ailleurs franchi ce pas, mais à moitié seulement, quand il y rajoute pour tempérer, les «intellectuels». D’autant qu’on ne doit pas oublier que le gouvernement de la France de l’époque du rapport, est dirigé par des socialistes (donc normalement à l’écoute des revendications des couches les plus modestes). Ceci n’est cependant pas pour nous étonner, nous savons et depuis longtemps que même en matière de politique, il peut aussi exister des «croyants non pratiquants» dans le cas présent, nous aurions à faire à des socialistes français non pratiquants.

Nous sommes aussi tentés de penser que l’expression « intellectuels marocains » ne doit sa présence dans le texte qu’à un désir de masquer la réalité et cacher en fait les privilèges accordés par la France via son aide publique, aux couches aisées, possédant et dirigeant des pays sous-développés.

Le ministre français parle enfin de «système de référence», pour qualifier le réseau français d’éducation au Maroc. Monsieur le ministre parle de référence, sous-entendant pour le système national marocain bien sûr, vis à vis du réseau français! L’arabisation du secteur public d’enseignement menée depuis les années soixante-dix au Maroc, implique de facto que l’issue que s’est aménagée le responsable français dans sa réponse, se révèle être en fait une impasse. Ce système pouvait éventuellement en effet jouer le rôle de référence, avant la procédure d’arabisation. Il l’était d’ailleurs certainement à une époque maintenant lointaine. Il suffit pour se convaincre de cela, de se remémorer la concurrence acharnée mais saine et bénéfique, sur le terrain des classes préparatoires aux grandes écoles d’ingénieurs (mathématiques supérieures et mathématiques spéciales) au lycée Lyautey de Casablanca: La majorité des élèves de ces classes était en effet issue des sections « sciences mathématiques » des établissements publics marocains de toutes les régions du pays. Les familles argentées elles, fuyant la concurrence loyale, envoyaient leurs bacheliers faire les classes préparatoires en France. La réalité aujourd’hui, est que le réseau français ne peut plus, et en aucun cas dans la situation actuelle, jouer ce rôle de référence, annoncée par le responsable français. Monsieur le ministre devra donc donner la véritable réponse à la question qui lui a été posée par la commission du Sénat. Mais n’oublions cependant pas que c’est en diplomate, défenseur des intérêts de la France, qu’il a répondu à la question de la commission. Il est tout à fait compréhensible qu’un membre du gouvernement de la France, défende l’intérêt et le rayonnement de son pays (c’est d’ailleurs la principale mission pour laquelle il est payé), dont la francophonie est une composante essentielle de la politique extérieure. Il défendra donc tout ce qui vise à l’encourager dans le monde, sans empiéter, au moins dans la forme, diplomatie oblige, sur les souverainetés des «états amis» de la France. Il ne peut pas non plus, et on le comprend bien, car ce serait par ailleurs inacceptable, prendre une position arrêtée sur la question de la langue d’enseignement au Maroc. Il y aurait ingérence et les dirigeants marocains qui scolarisent leur progéniture dans les écoles étrangères et notamment française au Maroc, en bons démagogues, seraient les premiers à lever les boucliers pour protester contre cette ingérence. On a déjà assisté à ce genre de comportements en apparence contradictoire.

L’essentiel dans ces interventions tirées du rapport de la commission du sénat (cité ci-dessus), est à trouver dans la question même des sénateurs. La réponse est en fait inscrite à la fin de la question. C’est pour cette raison que la réponse du ministre doit être considérée comme une simple formalité diplomatique.

Les syndicats français du secteur de l’éducation, ont aussi eu l’occasion de se prononcer sur la question du réseau français d’éducation au Maroc. En effet le SNES (syndicat national de l’enseignement secondaire) a exprimé sa désapprobation de la démarche d’implantation croissante au Maroc, de la Mission Laïque Française (MLF), via l’OSUI (Office Scolaire Universitaire International) qui vient renforcer le réseau français d’enseignement au Maroc, par l’implantation d’établissements privés. Ce phénomène risquant, d’après le SNES, de pousser encore à la dégradation du système de l’enseignement public marocain. On peut lire par exemple, sur un des documents de la centrale syndicale:

     « Sur le plan philosophique,

ce système (la ’’mission’’) concerne dans la réalité,

la scolarisation d’enfants dont les parents

 pourraient intervenir pour améliorer

la qualité du système

éducatif marocain. »

Notre étude va tenter de démontrer de la façon la plus objective, que les réseaux des écoles et lycées étrangers au Maroc et notamment français, dans leurs fonctionnements actuels, constituent dans les faits un obstacle de taille à la mise en chantier d’un réseau national de qualité. L’identification de ces obstacles renseigne sur les démarches nécessaires, fondamentales par lesquelles doit commencer toute réforme sérieuse du système national d’éducation et de formation. C’est à ce niveau que la définition de la Charte de la COSEF, faite par Meziane Belfkih prend tout son sens : La réforme de l’école doit être l’affaire de tous. Et pour qu’elle soit l’affaire de tous, toutes les familles marocaines doivent en avoir besoin dans ces deux aspects public ou privé. Il est sans dire, les impacts sur les questions de justice sociale et de répartition équitable des pouvoirs et des richesses, qu’aurait une réforme mettant fin aux privilèges générés par ces établissements étrangers au profit de la caste des ’’héritiers’’ du pays.......

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